Cultiver son propre tabac : pour quoi faire ?

Cultiver son propre tabac : pour quoi faire ?

1 octobre 2019 2 Par Charles

S’il est bien une espèce végétale qui jouit d’une image déplorable de nos jours, il s’agit de Tabacum nicotinum. Autant on accepte ses variantes florales peu chargées en nicotine, autant on se méfie du « vrai » tabac, en raison de campagnes de propagande à grande échelle. Nous en parlions encore il y a peu. Sa culture reste interdite pour des fins lucratives, mais l’usage personnel est quant à lui légal.

Pourquoi faire pousser du tabac ?

« Fumer tue » n’est certes pas un slogan qui a de quoi réjouir, de même que les curieuses photographies jointes aux produits vendus chez les buralistes français. Mais encore faudrait-il que le tabac cultivé à la maison, et naturellement, soit totalement assimilable aux cochonneries additivées des cigarettes industrielles et autres !

Je vois trois principales raisons pouvant pousser à cultiver son propre tabac (une culture parfaitement légale depuis plus d’une décennie au demeurant) :

  1. défier l’opinion publique dominante et le politiquement correct, par esprit de contradiction ou de défi ;
  2. faire des économies en devenant auto-suffisant en tabac et prendre davantage soin de sa santé en tournant le dos aux innombrables additifs ajoutés par la filière industrielle ;
  3. élargir l’horizon des espèces végétales cultivées dans son jardin de plantes médicinales.

Les grandes étapes de la culture du tabac

Le tabac peut se cultiver en France, même si c’est dans le Sud-Ouest qu’il s’épanouira le plus en raison d’un climat ensoleillé mais restant relativement humide.

1. L’acquisition des graines de tabac

Pour ma part, je me suis fourni en semences auprès de Kokopelli, une association foxéenne bien connue qui propose un très large choix de tabacs différents, de toutes sortes, dont chaque variété est assez bien décrite. Pour le goût, d’une manière générale, préférez le brun au blond (pour ne citer que les deux teintes les plus connues).

2. La réalisation des semis (avril)

Le semis est particulièrement délicat. Les graines sont très légères et petites, difficiles à manipuler : soit il vous faudra saupoudrer de larges jardinières, soit – si vous ne voulez rien gâcher – il conviendra de vous munir d’une petite semeuse (roulette) dans laquelle verser préalablement vos grains. Veillez à ce que vos terrines soient remplies d’un terreau fin (pour ne pas risquer d’« étouffer » les germes) et fertile, et percées par en dessous afin d’arroser par capillarité les futures plantules qui s’avéreront particulièrement délicates et fragiles.

Faisant au maximum dans la récupération, j’avais utilisé ce pot large en plastique ; mais une barquette rectangulaire, avec moins de profondeur (hauteur), conviendrait bien davantage. ©AgroCoteFerme.fr

Laissez vos semences en surface de la terre, sans quoi elles ne germeront jamais. S’agissant d’une plante de la famille des Solanacées, il vaut mieux attendre le mois d’avril pour réaliser cette opération sous serre. Beaucoup de lumière étant nécessaire, ainsi qu’un minimum de chaleur à l’instar des tomates ou, plus encore, des poivrons, la patience peut être de mise. Après la germination, la plantule se développe très lentement dans les premiers temps. Il vous faudra patienter avant de les repiquer dans des pots individuels, pour davantage de commodité (quoique ce ne soit pas obligatoire).

3. Le repiquage du tabac en pleine terre (mai)

Le repiquage en pleine terre se fait comme les tomates, après les dernières gelées matinales. Pour la majorité du territoire français, cela correspond aux saints de glace (saints Philippe, Jacques, Mayeul et Pancrace autour des 11-12 mai) ; éventuellement plus tôt dans le Midi en fonction de l’exposition. Dorénavant, c’est le plus facile qui commence : le tabac n’a vraiment pas besoin de grand-chose, même si on lit parfois çà ou là sur le net des sons de cloche contradictoires. Non, pour en avoir fait l’expérience sur un plateau court et calcaire de Lomagne, à peine surmonté d’une lourde et dense croûte d’argile, association qui fait le bonheur des aulx et des échalotes dans ces cantons, je peux vous assurer qu’il est inutile d’ajouter du compost lors de la plantation ni même d’enterrer profondément le pied.

4. La conduite et la récolte du tabac et des graines

Ensuite, la plante peut être livrée à elle-même, sans tuteurage ni arrosage (sauf période exceptionnellement sèche et chaude, surtout si cet épisode survient tôt dans l’état – au mois de juin notamment). Elle peut atteindre 1,50, 2 voire 3 mètres en fonction de la variété. L’objectif est de ramasser les feuilles dès qu’elles commencent à jaunir, pour les faire sécher à l’ombre dans un endroit ventilé (sous un abri à bois par exemple, qui ressemble bien aux vieux et grands séchoirs à tabac que l’on croise encore facilement dans le Sud-Ouest).

Il faut aussi couper les sommités florales pour forcer le végétal à produire toujours davantage de feuilles. Bien sûr, si vous souhaitez récupérer les graines, il vous faudra laisser des fleurs, lesquelles sont parfaitement autofertiles. Ainsi, pour éviter les hybridations entre plusieurs variétés présentes sur votre sol, il suffira de ligaturer (avec du ruban adhésif par exemple) certaines fleurs avant leur plein épanouissement, tout en les marquant avec une ficelle pour bien vous rappeler que vous pourrez en récupérer les semences. Les graines sont si petites et si nombreuses, qu’une seule récolte de semences tous les quatre à cinq ans devrait largement vous suffire !

Le gros de la récolte en feuilles de tabac ne se fait qu’à partir du mois de septembre. S’il y a quelques champignons sur les feuilles inférieures, ce n’est généralement pas bien grave… Quant au virus de la mosaïque du tabac, il faudrait vraiment ne pas avoir de chance pour le subir (n’oubliez pas, tout simplement, de faire tourner vos cultures, et de ne pas forcément planter des piments et poivrons avant ou après du tabac).

L’utilisation du tabac récolté

Les fumeurs surveilleront le séchage de leurs feuilles : trop humides, il sera impossible de les fumer ; trop sèches, elles perdront de leur saveur et de leur intérêt. Il sera cependant possible de les ré-humidifier en les mettant dans un pot en verre ou un récipient en fer blanc, à côté d’un dé ou petit verre d’eau. Retenez bien que les feuilles de la base de la plante sont les plus longues et larges, tandis que celles du haut sont plus réduites mais aussi plus fortes en saveurs, ensoleillement maximal oblige.

Il ne faut surtout pas tarder à récolter les feuilles de tabac qui commencent à jaunir, sans quoi elles risquent d’être perdues, comme ici… Remarquez que le tabac voisine ici sans problème avec une cousine, la tomate (ici, la variété Speckled/Striped Roman), qui s’est quelque peu étalée… ©AgroCoteFerme.fr

Les fumeurs surveilleront le séchage de leurs feuilles : trop humides, il sera impossible de les fumer ; trop sèches, elles perdront de leur saveur et de leur intérêt. Il sera cependant possible de les ré-humidifier en les mettant dans un pot en verre ou un récipient en fer blanc, à côté d’un dé ou petit verre d’eau. Retenez bien que les feuilles de la base de la plante sont les plus longues et larges, tandis que celles du haut sont plus réduites mais aussi plus fortes en saveurs, ensoleillement maximal oblige.

Il existe des moulinettes à tabac manuelles, avec plusieurs tailles de coupe. Selon la taille de la feuille, il pourra s’avérer d’en éliminer la nervure centrale. ©AgroCoteFerme.fr

Pour notre part, quoique fumant ponctuellement, nous sommes passés à une culture relativement restreinte du Tabacum nicotinum afin de l’intégrer à un jardin médicinal. Oui, car quand Christophe Colomb a été le premier Européen à découvrir cette plante, c’était pour les mêmes usages médicinaux que les Indiens d’Amérique !

Le tabac peut être fumé à titre médicinal, mais il peut aussi être réduit en jus, ou tout simplement mâché. On l’utilise prisé pour lutter contre les migraines (le Tabacum nicotinum est employé à cette fin par l’homéopathie contemporaine). Son emploi « allopathique » s’attaque principalement à l’asthme, aux rhumatismes, à la goutte, à la toux, aux douleurs en général ainsi qu’à la névralgie. Il aurait en outre des effets bénéfiques à l’égard de l’épilepsie (les « lunatiques » de jadis), et s’avère très efficace pour les lavements purgatifs (cela ne fait aucun doute).

Il est cependant essentiel de l’utiliser « avec modération », selon les conseils du médecin William Barkley en 1614, tandis que Celse expliquait de son côté que ce n’est toujours que « la dose qui fait le poison ».

Une simple boîte de thé vide peut suffire à réaliser rapidement un pot pour son tabac à pipe… ©AgroCoteFerme.fr