Les agriculteurs savent comment influencer le vote des députés

Les agriculteurs savent comment influencer le vote des députés

10 octobre 2019 1 Par Charles

On se plaint souvent du système parlementaire français : parfois élus par une minorité, les députés ne représentent ensuite que des intérêts qui semblent étrangers à leurs électeurs et, plus encore, aux populations de leur circonscription. C’est l’une des conséquences du concept de « souveraineté nationale » (le député représente toute la Nation, et non pas sa circonscription) allié à des assemblées à la botte du gouvernement (quinquennat oblige). Il y a cependant des moyens de rappeler à l’ordre ces parlementaires, comme les agriculteurs nous le rappellent. À part eux, l’apathie empêche tout le monde d’agir, il est vrai…

De l’avertissement au fumier en passant par les pneus

Un intéressant article de La Dépêche du Midi paru le mercredi 9 octobre 2019 nous met en présence d’un cas de figure particulièrement probant. C’est une véritable leçon de choses.

Le texte parle de trois députés appartenant au parti au pouvoir : La République en marche (LREM), élus dans trois circonscriptions d’un même département : le Lot-et-Garonne (47). Les faits se déroulent parallèlement à une journée de mobilisation paysanne à l’échelle nationale, le mardi 8 octobre 2019, dans un contexte de fin d’année particulièrement tendu : colère des agriculteurs, opposition à la PMA nouvelle sauce, paiement des taxes foncières et d’habitation, débat sur l’immigration, attentats terroristes… Le terrain est encore plus explosif que fin 2018, où les Gilets jaunes étaient nés au mois de novembre seulement.

Le coup d’éclat est signé Coordination rural Lot-et-Garonne (CR 47), un syndicat agricole d’un genre plutôt résolu, mais avec un certain relais à la chambre d’agriculture locale en la personne de sa secrétaire.

C’est le vote du CETA (Comprehensive Economic and Trade Agreement) à l’Assemblée nationale qui a été particulièrement suivi. Pour rappel, il s’agit d’un traité de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne, qui cristallise la colère des agriculteurs, et spécialement des éleveurs, en ce qu’il désavantagerait grandement la production bovine française (au moins).

Gare à vous !

L’un des trois députés LREM locaux a été un véritable apôtre du CETA. Il a eu droit à un déversement de fumier et autres ordures devant son domicile citadin agenais, au vu et au su de tous.

Le deuxième s’est fait remarquer par son absence dans le débat et lors du vote, de sorte qu’il a eu droit à des avertissements écrits et à une botte de paille (pratique s’il a des poules : nos agriculteurs pensent vraiment à tous !).

Le troisième, entre ces deux positions, a timidement voté comme le reste de sa majorité, de sorte qu’il a récolté de magnifiques pneus usagés devant sa propriété.

La seconde lecture du CETA devrait prochainement avoir lieu à l’Assemblée nationale, et nul doute qu’elle sera attentivement épluchée par les agriculteurs guyennais. On devrait compter quelques abstentions de plus… Vraiment, les éleveurs ont compris comment il fallait parlementer avec les parlementaires ! Dans le merdier politique, rien ne vaut de la bonne merde !