Le pré-gavage des canards : mettez-vous-y !

Le pré-gavage des canards : mettez-vous-y !

17 octobre 2019 0 Par Charles

La tradition du gavage des canards se perd : raison de plus pour la maintenir coûte que coûte, surtout contre les ennemis de plus en plus nombreux des palmipèdes !

Mais avant de passer au gavage à proprement parler, il vaut mieux passer par l’étape du pré-gavage. Voyons plus précisément ce dont il s’agit…

Faut- il prégaver ses canards ?

L’objectif des fermes industrielles est d’obtenir le plus gros foie gras possible (indépendamment de sa qualité lipidique) dans les délais les plus courts et avec le moins de maïs ingéré. Cela explique le gavage intensif et rapide de canards mulards sur onze jours le plus souvent, voire dix et demi dans certaines exploitations. Ici, le pré-gavage s’impose pour que l’animal ait dès le premier jour un jabot facilement dilatable. De la même façon, les canards paraissant trop petits sont exclus du gavage.

Chez soi, le prégavage des canards n’est pas obligatoire. Avec un gavage artisanal d’une durée de 14 ou 15 jours, son absence n’a pas d’impact colossal. Nous avons nous-mêmes eu des résultats très satisfaisants sans pré-gavage formel.

En revanche, il est toujours préférable de passer par l’étape du pré-gavage si l’on en a le temps et la possibilité. Cela permet en effet de commencer à gaver des animaux plus réceptifs d’entrée de jeu. On est donc en bon droit de croire qu’à l’arrivée la carcasse gagne au moins quelques dizaines de grammes…

Quelle est l’utilité du pré-gavage ?

Vous verrez que dès le deuxième ou troisième jour de votre pré-gavage, vos canards vont littéralement se jeter sur la nourriture et se remplir le jabot jusqu’à ras bord. C’est très beau et satisfaisant à voir.

Globalement, les moyens du bord suffisent pour un prégavage artisanal chez soi (ici, pour six canards). l’eau doit être à volonté ; une palette peut suffire à remplacer le portillon d’un enclos en plein air… © AgroCôtéFerme.fr

La répétition de ce fait va habituer l’animal aux deux gros repas par jour du gavage. Surtout, elle permet au jabot d’atteindre une dilatation parfaite dès le début du gavage, ce qui maximisera le volume de nourriture ingéré pendant le gavage et contribuera à améliorer la digestion du canard – ce qui se traduit à l’arrivée par un foie gras probablement plus gros qu’en l’absence de prégavage, car le foie lui-même maintient une bonne « élasticité » face à l’ingestion de grandes quantités de nourriture.

Comment pré-gaver des canards

L’industrie du gras gave des canards âgés de 12 semaines. Cette durée de vie d’à peu près trois mois est donc naturellement divisible par trois :

  1. de la naissance à l’âge d’un mois : nourriture complète concassée, si possible avec la mère dans un élevage domestique traditionnel, éventuellement en intérieur ou avec un abri facilement accessible pour les palmipèdes ;
  2. de l’âge d’un mois à celui de 8 semaines : élevage en plein air avec blé à volonté ;
  3. le pré-gavage peut ensuite commencer, à partir de 8 ou 10 semaines (un mois de prégavage est préférable, mais deux semaines seront déjà fort appréciables).

Chez soi, on pourra parquer les canards dans un enclos en plein air pour cette phase de prégavage. Il faut qu’ils aient un minimum d’espace. On peut prévoir de ne commencer à gaver les canards qu’à l’âge de 14 semaines (selon la saison et leur aspect), de sorte que l’on commencera la phase de pré-gavage en fonction.

Le premier jour, on ne leur donnera qu’un seul repas, que l’on retirera environ une demi-heure plus tard environ. Même chose le deuxième jour. Ensuite, on passera à deux rations par jour, en imitant le plus possible l’intervalle du gavage (donc premier repas à 8 h 00 du matin et second à 20 h 00 par exemple). Bien sûr, on veillera à toujours retirer la « gamelle » au bout d’une demi-heure. Côté quantité, il ne faut pas lésiner, afin d’éviter la compétition et pour être sûr que chaque spécimen puisse bien se remplir.

Voici ce qu’il reste dans la gamelle de prégavage du matin : principalement de l’orge. © AgroCôtéFerme.fr

La composition de l’alimentation du prégavage des canards ne fait pas l’unanimité. Elle n’est somme toute que secondaire, car l’essentiel est d’obtenir des jabots facilement dilatables, aptes à recevoir de plus grandes quantités de nourriture.

Beaucoup continuent sur du blé entier. D’autres optent pour le maïs, mais nous croyons que n’utiliser que du maïs sec en grain pourrait à la longue rayer le jabot de l’animal (raison pour laquelle, entre autres, on n’utilise pas de maïs sec pour le gavage). Parallèlement, du prégavage avec un aliment concassé ne semble pas assez bien imiter, pour le jabot, le grain entier qui sera utilisé pour le gavage. L’eau doit être disponible à volonté.

Nous privilégions donc un pré-gavage principalement à base d’orge, accompagnée de maïs sec et de blé – toujours sous la forme de grains entiers.