Ce qu’il vous faut préparer pour gaver vos canards

Ce qu’il vous faut préparer pour gaver vos canards

21 octobre 2019 0 Par Charles

Il y a quelque temps, nous vous faisions part de tous les avantages à gaver soi-même ses canards, chez soi et de façon artisanale/traditionnelle.

Sur le principe, vous êtes déjà conquis. Maintenant, il suffit de passer à l’acte ! Pour cela, de menus préparatifs sont nécessaires. Faisons donc le point à leur égard !

Premièrement : les canards !

Eh oui, c’est l’évidence même : pour gaver des canards, encore faut-il en avoir…

Sachez que les canards doivent avoir au moins douze semaines pour être gavés. Ensuite, trop vieux (au-dessus de six mois dirons-nous), ils commenceront à perdre en élasticité du foie – toutefois, les magrets seront quant à eux d’autant plus gros que l’âge sera avancé…

On ne gave que les mâles chez les canards, et ce que l’on opte pour des mulards aussi bien que pour des musqués (dits « de Barbarie »).

Pour trouver des canards, les deux principales possibilités sont de se tourner vers une ferme avicole (en lieu de vente « physique » ou bien, même si c’est plus cher, par correspondance) ou via Le Bon coin. Attention cependant aux souches possédées par les particuliers ! Si les mauvaises surprises semblent impossibles avec des mulards, les canards de Barbarie sont quant à eux susceptibles d’appartenir à une « souche légère », ce dont il est difficile de se rendre compte quand ils ont quelques jours.

Personnellement, je préfère gaver du canard de Barbarie. Ça tombe bien, car n’étant pas hybride il n’est pas stérile. Les canes musquées sont même d’excellentes pondeuses, couveuses et mères ! Ainsi, l’idéal est d’avoir son couple (renouveler chaque partenaire quand il a dépassé ses trois ans) : cela promet de trois à cinq portées par an (pour avoir de bons résultats, réservez absolument un enclos à vos canards : les poules tueuses de canetons sont en effet très courantes…). Les femelles seront excellentes rôties, tandis que les mâles seront à gaver.

Deuxièmement : le calendrier

À la maison, on ne gave pas n’importe quand. Il se dit communément que l’on goûte le premier foie gras mi-cuit à la Saint-Martin, c’est-à-dire le 11 novembre. C’est un bon indicateur, car cela signifie un gavage commencé peu avant la mi-octobre pour les oies (quasi universelles jadis). Il faut donc attendre le mois d’octobre pour gaver !

En septembre, on peut avoir de bons résultats, mais dans de nombreuses régions un redoux reste possible : si celui-ci atteint les nuits, le gavage sera de piètre qualité. Pareillement, à la fin de la « saison », il vaut mieux ne plus gaver après le mois de février inclus.

Le calendrier concerne aussi l’âge des canards : 12 semaines à l’entrée en gavage reste un minimum difficile à tenir en élevage familial. Un âge à 14 ou 15 semaines sera plus réaliste dans de nombreux cas. On veillera bien sûr à gaver les animaux le plus tôt possible (âge inférieur à 18 semaines par exemple), sauf si l’on veut renouveler un reproducteur bien sûr (mais, par définition, ça n’arrive pas tous les jours !).

Les canards mulards sont gloutons et le démontrent lorsqu'ils sont prégavés avec amour !
Canards mulards né le 15 mai 2019 en pré-gavage dans un enclos de plein air. © AgroCôtéFerme.fr

Prévoyez entre deux et cinq semaines de prégavage, faisant suite à une période d’alimentation à volonté (constituée de blé entier) en plein air, faisant elle-même suite à une période d’un mois avec de l’aliment complet concassé sous abri (si canetons seuls ou environnement hostile) ou avec également un parcours de plein air (si présence de la mère).

Troisièmement : l’emplacement

Nous venons de voir dans quels cadres se déroulaient les périodes de naissance, croissance et de prégavage. Penchons-nous à présent sur le lieu du gavage en tant que tel.

Plusieurs écoles existent à ce sujet :

  1. l’utilisation de cages individuelles (épinettes) ou collectives ;
  2. un emplacement intérieur, de type box ou penon ;
  3. un petit parc clos en plein air.

1. Les cages, individuelles ou non

Les épinettes – ou cages individuelles dans lesquelles chaque canard ne peut se retourner, battre des ailes ni faire sa toilette – sont officiellement interdites dans les élevages avicoles industrielles. Elles commencent donc à fleurir chez des particuliers, la récupération à bas coût étant tentante.

Cages individuelles (épinettes) utilisées pour le gavage industriel des canards à foie gras., 2008, Cages individuelles (épinettes) utilisées pour le gavage industriel des canards à foie gras.
Source : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Cages_individuelles_(%C3%A9pinettes),_utilis%C3%A9es_pour_le_gavage_industriel_des_canards_%C3%A0_foie_gras.jpeg

Après un essai, nous avons déjà fait part des différentes raisons qui nous poussent à refuser cette méthode de gavage dans un précédent article : « Le gavage en épinettes : pour ou contre ? ». Nous vous rassurons : les motifs invoqués sont très différents de ceux avancés par les écolo-bobos ! Par exemple : nous reconnaissons qu’elles ont un certain côté pratique, permettant notamment de gagner du temps.

Les cages laissant de l’espace à plusieurs canards n’ont quant à elles pas beaucoup d’intérêt dans un contexte domestique. En effet, elles ne feraient qu’imiter ce qu’offrent généralement déjà des dépendances, à la façon du penon à cochons.

2. Le penon ou parc couvert

Le penon est un mot du Sud-Ouest pour désigner un box à cochon. Si l’on n’en a pas, il n’est pas difficile d’en aménager un dans une dépendance. Sans cela, on pourra opter pour les cages collectives précédemment évoquées.

Il est essentiel que le box où seront gavés deux à douze canards reçoive la lumière du jour. Le sol doit être paillé régulièrement. L’eau doit y être disponible sans discontinuer.

3. Le plein air

Le plein air pose globalement des problèmes d’éclairage lors du gavage et d’inconfort en cas de précipitations. En outre, dans certaines conditions météorologiques, la présence de courants d’air froids sera néfaste pour la santé des canards.

Nous déconseillons le gavage en plein air, sauf en saison « limite » (septembre ou mars par exemple, pour éviter que les canards aient trop chaud). Dans tous les cas, il faut un enclos de taille restreinte où il n’y ait ni herbes ni trop d’insectes : cela parasiterait l’alimentation propre au gavage. Enfin, de l’ombre sera toujours la bienvenue en cas de journée chaude et ensoleillée.

Quatrièmement : le matériel

L’alimentation

Côté alimentation, il vous faudra du maïs sec en grain. Vous pouvez y ajouter des figues sèches concassées (ou de la confiture de figure), un peu de sel ou de bicarbonate de soude (éventuellement à verser dans l’eau que boiront les canards gavés), ainsi que de l’huile – toutes choses non obligatoires.

Concernant votre approvisionnement de maïs, sachez qu’au cours de son gavage chaque canard ingérera entre six et douze kilogrammes de maïs (pesé sec).

Les ustensiles

Pour préparer les rations, il vous faudra ébouillanter puis laisser tremper les grains de maïs d’un repas à l’autre, c’est-à-dire pendant douze heures. Prévoyez toujours large : il doit, après chaque gavage, vous rester beaucoup de maïs, car il vaut mieux prévoir trop que de se retrouver en manque de grain pour gaver ses canards ! Cependant, comme il faut veiller à ne pas gaver avec du maïs qui aurait trempé pendant plus de vingt-quatre heures, le mieux est après chaque gavage de donner le surplus au reste de votre basse-cour : poulets en cours d’engraissement, poules, autres canards… Quoi qu’il en soit, vous aurez besoin d’un élément pour ébouillanter le maïs (bouilloire pour de petites quantités, réchaud pour de plus importantes) et d’un récipient pouvant contenir le grain (marmite, cuve).

Ce récipient gagnera à être transporté en salle de gavage à chaque fois : on peut donc prévoir de faire tremper le maïs à proximité de celle-ci. Il vous faudra surtout un embuc (ou gaveuse manuelle), à remplir avec un écumoire. N’oubliez pas la lumière : un éclairage vous sera nécessaire ! Une lampe frontale pourra faire l’affaire.

Vos canards doivent toujours avoir de l’eau : un arrosoir ou un tuyau d’arrosage pourra vous permettre de les ravitailler en la matière.