Compléments alimentaires : un marché révélateur en pleine expansion

Compléments alimentaires : un marché révélateur en pleine expansion

22 octobre 2019 0 Par Charles

Revenez quelques siècles en arrière et dites : « compléments alimentaires ». Vos interlocuteurs vous répondront immanquablement, à peu de choses près : « Qu’es aquò ? » Coup de sifflet final, la rencontre est terminée.

Les compléments alimentaires fleurissent depuis quelques décennies, et plus spécialement ces dernières années. D’abord arrivés de pays douteux, ou du moins de « grands » laboratoires américains et hollandais, ils étaient dans un premier temps vantés par correspondance auprès des publics âgés les plus réceptifs et vulnérables.

Le signe d’une alimentation déficiente ?

Mais voilà, désormais ces compléments alimentaires sont légion dans les grandes surfaces, les pharmacies et, plus encore, les boutiques en ligne. Ils concernent à présent toutes les tranches d’âges de la population, et les jeunes hommes dans la force de l’âge s’y adonnent sans sourciller, généralement pour des motifs de musculature bien dérisoires…

Plus globalement, cette omniprésence des compléments alimentaires met en lumière différents problèmes actuels.

Le supermarché, ou le temple de la surconsommation et le royaume du cancer
Source : Flickr.com, via https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Planking_in_supermarket.jpg, 17 juillet 2011

Le premier de ces problèmes est une alimentation déficiente. Elle est d’abord déficiente à cause de la qualité intrinsèque des produits consommés : ils sont volontiers pleins de pesticides, métaux et autres produits, y compris lorsqu’il s’agit de « bio », dans certains domaines du moins. De plus, leurs qualités nutritives sont moins importantes que jadis pour un même fruit d’une même variété : érosion génétique, mode de culture, porte-greffe, irrigation… Les causes sont mal connues, mais le diagnostic est quant à lui certain : nous avons aujourd’hui moins de vitamines dans la grande distribution, mais davantage de cancers – si l’on peut se permettre cette formule…

Parallèlement à la qualité, on pourrait en dire autant de la quantité. Pas vraiment parce que les prix ont terriblement augmenté et qu’il n’est pas évident d’acheter en quantité (sauf pour certaines personnes très pauvres), mais plutôt parce que les espèces et les variétés disponibles sont peu nombreuses. Certains légumes ou types de viandes sont désormais introuvables, sauf à les cultiver ou exploiter soi-même.

Un phénomène de société

Une autre réalité du fleurissement du marché des compléments alimentaires est qu’il vient répondre à un mal-être quasi général. Nombre de ces compléments promettent un meilleur sommeil, une réduction de l’anxiété, la fin du stress, etc. Mais à ce mal-être généralisé répond une envie de bien-être, un désir matérialiste et horizontal, millénariste pourrait-on dire. On se veut en bonne santé, en pleine forme, nunc et semper.

Un récent sondage a montré que les deux tiers des Français considéraient les compléments alimentaires bénéfiques. Pourtant, de plus en plus de scientifiques tirent la sonnette d’alarme face à cette banalisation du fait. La frontière n’est pas claire dans l’esprit des consommateurs entre produits diététiques, de minceur, pour sportifs ou contre les carences. Un flou savamment entretenu par les entreprises qui profitent de ce marché juteux… En bref, ce dernier est encore appelé à croître démesurément dans les années à venir.