Campagnes vivantes et périphéries mortes

Campagnes vivantes et périphéries mortes

29 octobre 2019 0 Par Cécile

Le discours politique contemporain est imbu de novlangue. Il emploie à merci des expressions détestables, partagées aussi bien par les politicards que par les journaleux. Outre les phobies en tout genre, on découvre « valeurs » de pacotille et versatiles, façon « bioéthique ». Dans un autre domaine, les officiels aiment à parler de « fracture territoriale » et les commentateurs de « périphéries ». Ces néologismes, du moins lorsqu’ils sont utilisés dans un tel contexte, me hérissent d’emblée le poil, car il faut toujours se méfier des expressions nouvelles, cachant généralement des réalités ou intentions inédites. De surcroît, ce vocabulaire fonctionne sur un fonctionnement binaire très loin d’épouser le réel : on voudrait opposer en bloc des périphéries d’un côté à des métropoles de l’autre, mais les choses sont loin d’être aussi simples. Nous n’en prendrons qu’un exemple, bien vécu, parmi les « périphéries » (d’après les politologues et autres observateurs appartenant par force, de près ou de loin, aux cercles de pouvoir).

Premier cas d’espèce : périphérie rurale morte

Il est vrai que, vu de Paris, toutes les « périphéries » semblent être reléguées et les campagnes absolument mortes (ou peu s’en faut). Le phénomène d’hyper-métropolisation, de mégalopolisation même, accentue cette impression : les populations se concentrent dans l’agglomération parisienne toujours plus étendue ; le paysage des environs et abords en est modifié ; le tissu économique, agricole, démographique, social et industriel des cercles concentriques plus éloignés se déprime.

En ce sens, vu de Paris, il semble bel et bien exister des « périphéries » faisant bloc dans ce qui était jadis le « petit » royaume de France.

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Il y a tout d’abord les banlieues d’Île-de-France regroupant les populations immigrées et des autochtones déshérités, parfois nés et élevés à Paris mais contraints de s’en éloigner à cause du coût de la vie et des prix immobiliers – on aura par là remarqué que les banlieues nanties de Boulogne-Billancourt ou Neuilly-sur-Seine, pour ne prendre que deux exemples parmi les plus parlants, ne sont pas des « périphéries ».

Ensuite, nous trouvons les petites villes de la vieille France, totalement déprimées économiquement parlant et souffrant à leur tour de leurs propres banlieues périphériques. Vierzon serait l’un des lieux du pays où le chômage serait le plus élevé. Passer à Nevers, La Souterraine, Cosne-Cours-sur-Loire, Poitiers ou Le Blanc n’est guère plus réjouissant… Or, malheureusement, ce phénomène existe également dans les provinces, autour des grandes métropoles, à une échelle relativement plus restreinte : semblent se déshériter des villes comme Castres, Auch, Foix, Rodez, etc.

Et, enfin, il y a les campagnes totalement mortes (ou presque) de ces zones. Nous avons expérimenté cette triste situation, dans le Nivernais plus précisément (les révolutionnaires diront : « la Nièvre »). Dans un bourg de campagne, on pouvait avoir l’impression d’habiter en zone périurbaine. Une agriculture uniquement faite de grandes cultures, des marchés de plein vent ridicule, des petits commerces se comptant sur les doigts d’une main dans le canton, absence de circuits courts, monoculture… En bref, il ne restait que les supermarchés !

Des campagnes vivantes, mais en déclin

Quel contraste, donc, entre le Nivernais et une grande partie du Sud-Ouest… ! Là, en Gascogne du moins, la vie rurale est présente. On est plus loin des villes, avec un relief créant une forme d’enclave. Les marchés sont nombreux et fournis, les chefs-lieux de canton vivants et assez bien dotés en commerces (par rapport à des communes similaires en Normandie par exemple).

La polyculture règne encore : c’est un « pays de Cocagne ». Les petits producteurs, variés, sont nombreux dans différents domaines. De nombreuses traditions sont assez bien conservés. Le troc existe encore. Un esprit de bien-être et de bon vivre souffle, alors même qu’officiellement les rendements et salaires agricoles sont plus bas qu’au nord de la Loire. Un paradoxe qui n’est qu’apparent, car le malheur des campagnes les plus déprimées.

Malheureusement, même ces campagnes vivantes – ou, plutôt, moins moribondes que les autres – subissent un véritable déclin, visible d’année en année. Manque de vigueur démographique, tourisme, immigration, imposition et extension du périmètre d’intervention de l’État sont très vraisemblablement les principales causes de ce triste déclin. Seule la sécession semble pouvoir leur permettre de se couper de la décadence ambiante.