Veuve d’agriculteur : un nouveau fait de société

Veuve d’agriculteur : un nouveau fait de société

6 novembre 2019 0 Par Cécile

Après la terrible épreuve de 1914-1918, la France et de nombreux pays européens ont subi un phénomène bien connu : les veuves de guerre. Ces épouses esseulées, parfois avec charge de famille, ont fait partie du paysage de l’entre-deux-guerres, au même titre que les « gueules cassées ». L’une des conséquences de la saignée induite par la première guerre mondiale a été la poursuite d’un déclin démographique semblant presque irrémédiable.

Pour sûr, nos agriculteurs modernes ne sont pas passés par les tranchées qu’ont connues leurs aïeux. Moins nombreux que jadis, ils sont cependant surexposés à de nombreux risques.

Le suicide des agriculteurs, un symptôme douloureux

À première vue, on pourrait croire que le suicide – totalement absent, ou peu s’en faut, de nombreux siècles durant, où les gens étaient heureux en dépit des épreuves – est l’apanage des sociétés gâtées, urbanisées, virtualisées, etc. C’est ce qui ressortirait d’une analyse des dépressions au Japon ou en Suède, contrées où les suicides – juvéniles notamment – sont légion… comme en France d’ailleurs.

Or, il est vrai que la paysannerie française a longtemps été préservé des hausses de consommation en anxiolytiques et psychiatrie. Cependant, elle n’est plus épargnée : bien qu’elle ne soit plus gâtée (revenus modestes, associés à un indéniable asservissement face aux subventions) et qu’elle ait la chance de côtoyer le réel, la terre et la nature, elle voit se multiplier en son sein les cas de dépression, certains allant jusqu’au suicide.

Les statistiques de 2018 établissaient que le suicide chez les travailleurs de la terre étaient entre 20 et 30 % plus courant que dans la moyenne de la population française. L’année 2016 a marqué une césure, avec une multiplication par trois du nombre de cas recensés. Désormais, cela en fait un par jour…

Des causes diverses, un problème qui perdure

La crise est particulièrement palpable chez les éleveurs, mais ils ne sont pas les seuls concernés : le surendettement guette tous les exploitants. Ajoutez-y des normes drastiques, une administration lourde, une fiscalité nécessairement irritant, un perte d’autonomie et de liberté, un asservissement à l’État, aux services vétérinaires, aux décideurs des prix, aux assurances, à la SAFER ou à la PAC…

Les agriculteurs sont traités comme du bétail au sein d’une vaste agro-économie financiarisée et globalisée.

Pour peu que se produisent de mauvaises récoltes (ou une catastrophe sanitaire), et tout peut basculer. Surtout quand règne un climat d’« agri-bashing » dans des métropoles méprisantes et méprisables.

À côté de cela, les ruraux voient peu à peu disparaître les coutumes et traditions françaises. La couleur de la population du pays change. Les attentats se multiplient, l’insécurité coule parfois des banlieues jusqu’aux campagnes. Les donneurs de leçons en vacances embêtent jusqu’aux chasseurs. Les lettres de menace peuvent pleuvoir à cause d’une seule association de malfaiteurs… Jusqu’où devra-t-on continuer cette liste ?

Mais il y a également la solitude dont souffrent de nombreux agriculteurs. Cependant, certains mettent fin à leurs jours alors qu’ils ont femme et enfants. Ici, nous ne pouvons que signaler le poignant témoignage d’une veuve d’agriculteur, âgée de 26 ans : Camille Beaurain, Tu m’as laissée en vie, ouvrage paru cette année aux Éditions Le Cherche-Midi.